Sur un poste de soudage, on pense d’abord au poste lui-même : le fil, le gaz, la pièce. Pourtant, c’est souvent l’équipement qui fait la différence entre une journée tranquille et un accident. Gants, cagoule, veste : chacun de ces éléments répond à un risque précis, et chacun renvoie à une norme. Mal lire ces références, c’est risquer de porter un EPI qui ne protège pas vraiment de ce qu’on subit. Voyons donc comment équiper un poste MIG ou TIG sans se tromper, pièce par pièce.
Pourquoi l’équipement se choisit selon le procédé
Le MIG/MAG et le TIG n’exposent pas au même danger, et c’est là que tout commence. En MIG/MAG, le fil fusible en bobine projette des gouttes de métal en fusion, et en quantité bien plus importante. Les projections atteignent facilement le torse, les avant-bras et le haut des cuisses.
Le TIG fonctionne autrement. L’électrode en tungstène donne un arc souvent plus stable, à intensité généralement plus faible. Moins de projections, donc. Mais le rayonnement UV et infrarouge reste bien présent, et il ne demande qu’une seconde d’inattention pour causer une brûlure. Un même EPI ne couvre pas tous ces risques à la fois : projections, arc, chaleur rayonnante et fumées se cumulent. Une norme sert justement à prouver qu’un équipement a été testé pour un risque donné. Ce n’est pas un logo rassurant posé sur l’étiquette.

Les normes à connaître avant d’acheter
Les références paraissent souvent obscures, mais elles deviennent claires dès qu’on sait à quoi elles servent. La norme EN ISO 11611 couvre les vêtements de protection pour le soudage, avec deux classes selon le niveau de risque. La norme EN ISO 11612, elle, traite des vêtements contre la chaleur et les flammes. Ne les confondez pas : une veste « chaleur » ne suffit pas toujours face à un arc.
Les gants relèvent de la norme EN 12477. Les filtres de soudage et la protection du visage relèvent de la EN ISO 16321-1. Pour le meulage ou le piquage hors arc, la EN 166 protège les yeux. Enfin, les fumées demandent une protection respiratoire : un masque filtrant ou, dans les cas les plus exposés, un appareil à ventilation assistée, dont il faut vérifier la référence normative et la compatibilité avec la cagoule dans la notice du fabricant. Chaque norme répond à un risque précis, et aucune ne couvre tout à elle seule.
Avant de commander, il reste à vérifier le marquage CE, la catégorie et la date de validité sur chaque article. Pour comparer les fournisseurs d’équipements et leurs références, vous pouvez consulter les fournisseurs d’EPI référencés sur l’Annuaire des industries.
Gants : choisir selon le procédé et la dextérité
Les gants restent l’équipement le plus sollicité, et souvent le moins bien choisi. La norme EN 12477 distingue deux types. Le type A offre un meilleur toucher et convient en général au TIG et aux travaux à faible chaleur, pour les soudures fines. Le type B protège davantage contre les projections et la chaleur, et il est le plus souvent retenu en MIG/MAG et à fort courant ; le choix final dépend du risque évalué sur votre poste. Le prix à payer ? Une dextérité un peu réduite, qui se sent vite sur un cordon long.
Côté matière, le cuir fleur ou croûte se choisit selon l’usage, et une couture aramide tient mieux dans la durée. Une manchette longue évite que la projection ne remonte le long du bras. L’erreur revient pourtant souvent sur les chantiers : utiliser des gants de manutention ou de mécanique pour souder. Ils n’ont pas été testés pour cela, et ils durcissent ou fondent bien plus vite.
Remplacez-les dès que le cuir se durcit, se perce, ou que la doublure apparaît.
Cagoule : teinte, vision et réglage
La cagoule protège les yeux et la peau du visage contre l’arc. Son filtre s’auto-obscurcit et doit répondre à la norme EN ISO 16321-1. La teinte se règle selon l’intensité du courant. À titre indicatif, on tourne souvent autour de 9 à 10 en TIG à faible intensité, et de 10 à 11 en MIG/MAG. Ces plages ne remplacent pas la notice du fabricant, donc vérifiez-la avant de régler quoi que ce soit.
Le TIG pose un réglage particulier. L’arc démarre faiblement, et une cagoule trop lente ou peu sensible peut vous laisser dans le noir au moment d’amorcer. Regardez donc la sensibilité et le délai de commutation. Pensez aussi au champ de vision et au poids. Une cagoule légère devient vite pesante après deux heures, surtout en position plafond, et c’est là qu’on la relève sans y penser. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.
Gardez une vitre de rechange et vérifiez la pile ou l’alimentation avant de commencer. Pour le meulage à proximité, une protection latérale évite les projections sur les côtés.
Veste ignifugée : quand la 11611 suffit, quand il faut plus
La veste est la pièce qu’on oublie le plus souvent. La norme EN ISO 11611 prévoit deux classes, et le choix de l’une ou l’autre découle du risque évalué sur le poste, sans seuil d’intensité fixe. La classe 1 correspond aux procédés et situations à faible risque de projections ; la classe 2 aux situations plus exposées, avec des projections abondantes ou un procédé en continu. Une question simple oriente le choix : combien de temps votre veste passe-t-elle sous l’arc, et à quel rythme ?
Le matériau compte aussi. Un coton ignifugé ou un mélange résistant à la flamme se comporte bien. En revanche, un synthétique qui fond au contact d’une goutte colle à la peau et aggrave la brûlure. D’où la règle de bon sens : rien de synthétique dessous, une fermeture couvrante et un col montant. Les poches ouvertes, elles, captent les projections comme un petit entonnoir. Mieux vaut les éviter ou les boutonner.
Équiper le poste : ordre, contrôles et erreurs à éviter
Un bon équipement ne sert pas à grand-chose si le poste lui-même est mal préparé. Avant d’amorcer, faites le tour avec une check-list simple :
- Extraction ou aspiration des fumées à la source, et pas seulement une ventilation générale
- Écran de séparation pour protéger les collègues et les passants
- Extincteur adapté, à portée de main et non bloqué
- Câbles, pince de masse et torche en bon état, sans isolant abîmé
Pour l’enfilage, l’ordre reste le plus simple : vêtements d’abord, puis gants, puis cagoule, et enfin un contrôle visuel avant l’amorçage. Ce dernier point paraît anodin, pourtant il évite bien des surprises, comme une vitre fêlée ou une veste mal fermée au col.
Les EPI s’usent. Un choc, une projection importante ou un lavage trop agressif peuvent altérer leur protection sans qu’on le voie. Contrôlez-les régulièrement et remplacez-les sans attendre. N’oubliez pas non plus les jambes et les chaussures : des chaussures montantes, pantalon par-dessus, empêchent les projections de s’y glisser.
Trois erreurs reviennent souvent : mélanger des normes sans les vérifier, acheter au prix sans lire la classe, et négliger la protection des jambes.
Conclusion : un poste équipé selon le risque réel
Au fond, tout tient à deux questions : quel procédé, et quelle intensité. Le MIG/MAG et le fort courant orientent plutôt vers des gants de type B, une veste adaptée au niveau de risque et un filtre plus foncé. Le TIG à faible intensité se contente souvent d’un équipement plus léger, sans renoncer aux normes. Dans tous les cas, vérifiez les normes en vigueur et les notices fabricants avant toute commande.
Si vous voulez un état des lieux précis, un audit de poste ou une liste d’équipement personnalisée pour votre atelier reste la voie la plus sûre. En quelques minutes, on repère ce qui manque, ce qui est périmé et ce qui ne correspond pas au travail réel.

